Musées & Patrimoine du 66 · Lieux de mémoire et Retirada

Document d’archives de 1939, « Entrée du camp » · Archives départementales des Pyrénées-Orientales / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Cette photographie ne représente pas l’état actuel du lieu.
Au début de février 1939, la plage d’Argelès-sur-Mer devient un camp où sont regroupés, derrière des barbelés, des milliers de réfugiés républicains espagnols. À la fin de la guerre civile, des familles, des militaires et des civils franchissent les Pyrénées dans l’espoir de trouver refuge en France. L’accueil improvisé sur le sable, sans abris suffisants, s’accompagne de souffrances que les témoignages et les archives documentent encore aujourd’hui.
Plus de 160 000 personnes passent par le camp entre 1939 et 1942 selon le Mémorial municipal. La plupart sont espagnoles, mais d’autres réfugiés, d’anciens membres des Brigades internationales et, durant la Seconde Guerre mondiale, diverses personnes déplacées ou internées par les autorités y séjournent également.
Il faut distinguer le camp historique de la plage, aujourd’hui disparu comme installation d’enfermement, et le Mémorial municipal installé au 26 avenue de la Libération, qui transmet cette histoire à travers documents, témoignages, archives et films. D’autres lieux de recueillement sont répartis dans la commune : le monolithe de la plage, la limite nord du camp à la Marende et le Cimetière des Espagnols.
Quelques repères
La mémoire du camp d’Argelès-sur-Mer en quelques mots
- Histoire du camp
- Février 1939 – 1942
- Événement fondateur
- La Retirada, exil républicain espagnol
- Personnes passées par le camp
- Plus de 160 000, selon le Mémorial
- Mémorial municipal
- Inauguré en 2014, transféré en 2017
- Adresse de visite
- 26 avenue de la Libération
- Tarif individuel
- 2 €
De la frontière aux barbelés
Février 1939 : la Retirada et l’ouverture du camp
En janvier et février 1939, l’effondrement de la République espagnole en Catalogne provoque un exode massif. Des centaines de milliers de personnes se présentent à la frontière française. Beaucoup arrivent épuisées, après avoir traversé les montagnes dans le froid, avec de rares biens et parfois des membres de leur famille disparus en chemin.
Les autorités françaises ouvrent au début de février un camp à Argelès-sur-Mer. Dans les premiers jours, les réfugiés sont regroupés sur la plage derrière des barbelés, avec très peu de bâtiments. Les premiers groupes se composent de soldats républicains, d’anciens brigadistes, mais aussi de civils fuyant les combats et la répression franquiste.
Les conditions sanitaires sont rapidement critiques : vent, pluie, sable, froid, manque d’eau potable et difficultés d’approvisionnement aggravent l’état de santé de personnes déjà fragilisées par l’exode. Des médecins et infirmiers réfugiés participent à l’organisation des soins, alors que les installations se mettent progressivement en place.
Après des réorganisations durant l’été 1939, le camp accueille de nouveaux groupes à l’automne, notamment des femmes et des enfants. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le lieu change encore de fonctions. Sous Vichy, l’internement de populations désignées comme « étrangères » ou « indésirables » s’ajoute à l’histoire de la Retirada.
Au début de 1941, certains internés sont transférés vers d’autres camps, notamment vers Rivesaltes. En 1942, le camp est peu à peu réaffecté aux Chantiers de jeunesse, avant son démantèlement. Le site balnéaire d’aujourd’hui ne conserve donc pas les installations de cette période, mais il demeure un lieu essentiel de mémoire.
Les dates à retenir
Une chronologie de trois années
Février 1939 : ouverture du camp d’Argelès sur la plage pendant la Retirada.
Été–automne 1939 : premiers grands aménagements et nouvelle phase d’internement.
1940 : extension à d’autres catégories de personnes déplacées sous le régime de Vichy.
1941 : transferts vers d’autres camps, dont Rivesaltes.
1942 : affectations administratives puis démantèlement.
2014 et 2017 : inauguration puis installation du Mémorial municipal dans le centre ancien.
Le quotidien dans les témoignages et les archives
Vivre sur le sable, derrière les barbelés

Premiers réfugiés sur la plage, archive de 1939 · Archives départementales des Pyrénées-Orientales / Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0.
Sans abris suffisants
Dans les premiers temps, les personnes installées sur le sable s’abritent difficilement du vent, de la pluie et du froid. Les baraquements et services apparaissent progressivement, après l’installation du camp.
Une organisation sanitaire difficile
L’eau potable, les latrines, les infirmeries et l’approvisionnement sont des enjeux majeurs. Des soignants réfugiés participent à l’aide aux malades, dans des conditions matérielles très dégradées.
Créer, écrire, s’entraider
Des artistes, des enseignants et des réfugiés organisent des activités, rédigent des journaux et continuent de créer. Leurs dessins et témoignages représentent une source précieuse pour comprendre des existences derrière les chiffres.
Des archives douloureuses à interpréter
Le Mémorial rapporte 215 décès officiellement enregistrés entre février 1939 et novembre 1941. Ce chiffre administratif documenté ne doit pas être considéré sans précaution comme le nombre exhaustif de toutes les morts liées au camp.
Plusieurs lieux, plusieurs formes de mémoire
Le musée, la plage, le monolithe et le Cimetière des Espagnols
Le Mémorial municipal actuel a été inauguré en 2014. Depuis juin 2017, il se trouve dans le cœur d’Argelès-sur-Mer, au 26 avenue de la Libération. Il rassemble une exposition permanente, des archives, des œuvres, des témoignages filmés et des espaces réservés aux expositions temporaires et à la transmission pédagogique.
Sur la plage, près du 50 boulevard de la Mer, un monolithe rappelle l’emplacement de l’entrée sud du camp. Plus au nord, à la Marende, une plaque indique une des limites de l’ancien espace d’internement. Ces marques ne sont pas les vestiges d’un camp encore debout : elles permettent de situer géographiquement une histoire dont les installations ont disparu.
Le Cimetière des Espagnols, avenue de la Retirada 1939, est un lieu de recueillement où une stèle porte les noms de personnes décédées dans le camp. Un arbre dédié aux enfants rappelle notamment la mort de très jeunes internés. Ces sites appartiennent à une même démarche mémorielle mais sont situés à des adresses différentes.
Pour organiser une visite complète : commencez par l’exposition du Mémorial pour comprendre le contexte historique ; poursuivez seulement ensuite vers les lieux de mémoire extérieurs. Évitez de considérer la plage actuelle comme un décor reconstitué de 1939.
Une mémoire à transmettre
Visiter le Mémorial du camp d’Argelès-sur-Mer
Le parcours muséal présente une scénographie qui distingue symboliquement l’Espagne et la France, accompagnée de photographies, films, objets, documents et récits de témoins. Le Mémorial est aussi un centre de ressources et de documentation, ouvert au travail des chercheurs, des associations et des enseignants.
L’association FFREEE — Fils et Filles de Républicains espagnols et Enfants de l’Exode — contribue à la transmission de cette histoire. Elle accompagne le souvenir des familles, le travail de mémoire et les rencontres entre générations.
Les enseignants et les familles peuvent s’appuyer sur les ressources du Mémorial pour préparer un parcours adapté. Certaines archives ou récits évoquent des violences, des décès et des conditions de vie traumatisantes : la visite mérite d’être accompagnée, particulièrement pour les plus jeunes.
La mémoire du camp d’Argelès forme aussi un lien avec les autres lieux du Roussillon, notamment la Maternité suisse d’Elne et le Mémorial du Camp de Rivesaltes. Ces sites correspondent cependant à des missions et à des époques qu’il importe de distinguer.
Le conseil 66 & Vous
Partir des récits individuels
Avant de vous rendre aux stèles, prenez le temps d’écouter au Mémorial un témoignage et d’observer les archives de 1939. La visite devient alors autre chose qu’une liste de dates : elle redonne une place aux histoires personnelles de celles et ceux qui ont traversé les Pyrénées.
Informations communales
Horaires d’ouverture du Mémorial
| Période | Horaires |
|---|---|
| Octobre à juin | Du mardi au samedi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h |
| Juillet, août et septembre | Sept jours sur sept, de 10 h à 18 h sans interruption |
| Semaine de Pâques | Sept jours sur sept, de 10 h à 18 h |
| Groupes et scolaires | Conditions et réservations à demander au Mémorial |
Attention : ces horaires concernent le Mémorial situé au 26 avenue de la Libération et non les stèles de la plage ou le Cimetière des Espagnols. Vérifiez les ouvertures exceptionnelles avant une visite à date précise.
Visiter et contribuer à la transmission
Tarifs et informations pratiques
Pour les groupes et les établissements scolaires, les conditions d’accueil et de médiation sont communiquées directement par le Mémorial. Un justificatif peut être demandé pour bénéficier d’une gratuité.
Où se rendre ?
Adresse et carte du Mémorial municipal
Argelès-sur-Mer · centre ancien
Mémorial du Camp d’Argelès-sur-Mer
26 avenue de la Libération
66700 Argelès-sur-Mer.
Les monuments extérieurs du boulevard de la Mer, de la Marende et de l’avenue de la Retirada 1939 constituent des étapes supplémentaires : ne les confondez pas avec cette entrée du musée.
Calculer mon itinéraire ↗Sources historiques et crédits des archives photographiques
Rédaction originale 66 & Vous · Recherches et vérifications du 10 octobre 2026. Les images de 1939 doivent être distinguées des photographies actuelles.
- Mémorial municipal : histoire, périodes et informations pratiques
- Mémorial : archives historiques de 1939
- Mémorial : dernières phases du camp et documents
- Présentation officielle des lieux de mémoire et du musée
Crédits photographiques : Photographies historiques de 1939 issues des Archives départementales des Pyrénées-Orientales et publiées sur Wikimedia Commons sous CC BY-SA 4.0 : « 22NUM1PH2-27 Entrée du camp.jpg » et « 22NUM1PH2-25 Les premiers réfugiés arrivent, vue générale de la plage.jpg ».
Source archive : entrée du camp · Source archive : arrivée sur la plage.
